Site N°4 FRANCHIMONT(les nécropoles mérovingiennes)

La colline du Tombeau et le Tombois

Un monument funéraire du début de la chrétienté

La Colline du Tombeau se situe sur un terrain à faible pente vers le sud, situé à environ 1km au nord du village et séparé de celui-ci par la Chinelle. Le site, aujourd'hui réserve naturelle, se trouve à une altitude de 250m, le long d'un ancien chemin de Villers-le-Gambon à Lotenne dans lequel certains voient une ancienne chaussée romaine conduisant du plateau de Philippeville vers la vallée de la Meuse.

Les fouilles ont mis à jour un petit édifice rectangulaire maçonné ainsi que 171 tombes, taillées dans la roche et dont quelques-unes sont garnies d'un caisson de pierre sèche.

La nécropole de la Colline du Tombeau fut édifié vers la fin du VIè siècle comme le prouve les parures féminines d'or de la tombe 26. Sur chacun des sites, ont également été mises à jour les fondations d'un petit monument rectangulaire interprété à l'époque comme une chapelle "élevée par les francs chrétiens sur les tombes de leurs frères païens".

Il s'agissait en fait, plus vraisemblablement, de monuments funéraires destinés à recevoir les corps des chefs locaux. Ces chefs étaient d'ailleurs déjà christianisés puisque les fouilles des tombes ont mis à jour des pièces archéologiques des VIè et VIIè siècles portant indiscutablement des symboles chrétiens (petite croix pattée en plomb et triple terminaison de la chaînetteen forme de croix en bronze).

Parmi les objets principaux découverts dans les tombes, on peut citer notamment:

  • bouteille de couleur vert olive
  • collier de 94 perles
  • médaillon de bronze gravé d'une croix
  • bossettes de fixation en bronze doré agrémentées de rayons, symboles solaires incontestables
  • plaque-boucle de ceinture en fer damasquiné, agrémentées d'incrustations de filets d'argent et d'un motif de vannerie à brins obliques
  • couteaux et scramasaxes (coutelas ou sabres courts à dos droit, de longeur variable)

Ce qu'on en dit d'autre

La réserve naturelle « Ardenne et Gaume » du Tombeau, au nord de Franchimont, s’étend sur près de 4ha. Son intérêt n’est pas uniquement botanique (la flore de cette pelouse sèche, humus sur dolomie, étant semble-t-il de grande valeur). En effet, sur cette colline juste à gauche de la Chinelle, en bordure d’un chemin probablement utilisé dès l’époque romaine, était implantée une nécropole mérovingienne, qui comprenait plus de 200 tombes à proximité d’un bâtiment funéraire. Mérovingien est le nom donné à la première dynastie des rois francs, fondée par Clovis Ier en 511. Le dernier roi mérovingien fut Childéric III, en 743, enfermé dans un monastère par Pépin le Bref, fondateur des Carolingiens.

La nécropole du Tombeau fit l’objet de fouilles dès 1880 par la société archéologique de Namur ; de nouvelles fouilles ont aussi eu lieu de 1968 à 1975, auxquelles se sont intéressées diverses instances locales et bruxelloises. Certaines tombes avaient toutefois été violées, avant même la première série de recherches.

Ce sont les Cercles des Naturalistes de Belgique asbl qui assurent désormais la gestion et l’entretien de la réserve naturelle du Tombeau, tandis que les tombes ont été recouvertes, comme c’est l’usage. Seules les fondations du bâtiment funéraire sont encore visibles. Cet édifice de forme carrée comprenait cinq sépultures : il s’agissait d’un enclos funéraire destiné aux gisants de la famille seigneuriale, datant probablement du VIe siècle.

Les 170 tombes contenaient généralement un individu. Taillées dans la roche, les fosses étaient parfois garnies d’un caisson empierre sèche (le tuf) et recouvertes d’une grosse pierre. L’orientation générale de ces tombes, dans l’axe Nord-Sud (la tête au nord), désigne un rite particulier, montrant l’origine germanique des populations ensevelies.

Beaucoup d’objets furent retrouvés lors des deux séries de fouilles : bijoux, vaisselle, vases, poteries, etc. Certains, comme une petite croix en plomb par exemple, témoignent de l’introduction de symboles chrétiens dans la région. Saint Hadelin venait en effet d’arriver… On découvrit aussi de grandes épées, appelées scramasaxes. Enfin, boucles de ceintures, colliers, bagues, bracelets et autres parures, dont certains témoignent de cet art oriental particulier qu’est le damasquinage, tendent à démontrer qu’il s’agissait d’une nécropole pour gens aisés. Par contre, une seconde nécropole mérovingienne retrouvée au Tombois, à l’ouest de Franchimont (aujourd’hui invisible car recouverte par la route) et comportant 123 sépultures, était semble-t-il réservée aux gens moins fortunés. Là, une sépulture d’homme libre y fut mise à jour. Le défunt était entouré d’un armement complet et d’une balance spéciale : s’agissait-il d’un comptable, d’un gérant d’exploitation ? Pourquoi, aussi, ces deux nécropoles quasi contemporaines étaient-elles aussi voisines, mais clairement distinctes et séparées par la Chinelle? S’agissait-il de deux clans différents, aux activités spécifiques, gardant jalousement leurs prérogatives jusque dans la mort ?  Autant de mystères qui restent à éclaircir…

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