Philippeville

Surnom : les Chitârds

Au XVIe siècle, l' Entre Sambre et Meuse formait la frontière qui séparait les Pays-Bas bourguignons appartenant à l'Empire de Charles Quint et le Royaume de France. Sous François Ier, roi de France, (plus tard, beau-frère de Charles Quint, après ses secondes noces) une rivalité existait déjà entre ces deux chefs d'états.

Diverses guerres opposèrent ces deux monarques tout au long de leurs règnes notamment en Italie (pour le Milanais); et lorsque la couronne de l'empire de Rome revint à Charles Quint alors que François Ier la briguait aussi. Finalement, à pavie, François Ier est fait prisonnier par Charles Quint.

Plus tard lorsque Henri II, fils de François Ier, monte sur le trône de France, les guerres reprennent contre l'Empire "espagnol" de Charles Quint., plus en Italie mais aussi dans l' Entre Sambre et Meuse. Cette dernière encaisse alors de graves méfaits. En 1554, Henri II y commandite des expéditions militaires destructrices. Châteaux forts et forteresses ne résistent pas aux bombardes. Ils s'écroulent comme des châteaux de cartes sous le chocs des boulets.

L' Entre Sambre et Meuse perd ses défenses. Pour les Français, cette région est une trouée idéale pour envahir les Pays-Bas espagnols. A cette époque, les seigneuries de cette contrée sont partagées entre les Comtés de Hainaut, de Namur et la principauté de Liège. La région est peu peuplée et occupée par d'immenses domaines forestiers. Dès 1546, Charles Quint s'était préoccupé de la trouée de l' Entre Sambre et Meuse. Avec Marie de Hongrie, sa sœur et Gouvernante des Pays-Bas espagnols, il décide, pour répondre aux nécessités militaires de l'époque, de construire une place forte à Frasnes. Elle porte le nom de Mariembourg (1546).

Lorsque qu'Henri II passe aux actes en 1554, trois armées françaises marchent simultanément vers la trouée de l' Entre Sambre et Meuse dans l'intention d'envahir les Pays-Bas espagnols ou du moins de les affaiblir.

Deux armées se dirigent vers Namur. Sur leur passage, tout est à feu et à sang; villes et villages sont détruits. les forteresse médiévales sont ruinées les unes après les autres. Une armée atteint Givet en bord de Meuse, après avoir pris Orchimont, Gedinne, Villerzies, Hierges, Fumay, Beauraing et finit par s'installer à gauche de la Meuse. La seconde circule dans le pays de Chimay. Elle passe par Glajon, Trélon, Couvin, Fagnolle et la Haute-Roche à Dourbes. Puis finalement, elle prend la place-forte de Mariembourg (1554). Pendant ce temps, Charles Quint et ses armées restent cantonnées au Nord de Namur; il craint pour cette ville et veut la protéger. De plus, il est malade et il a 54 ans. Les armées françaises continuent leurs saccages. Au départ de Givet elle font une large incursion dans l' Entre Sambre et Meuse. Tout est détruit sur leur passage. Ils incendient Florennes, Stave, Mont-Aigle (un des châteaux du Comte de Namur), Fosses. Ils passent à Châtelet, Jumet. Ils ravagent Binche, Mariemont, Trazegnies, le Roeulx.

La prise de la place forte de Mariembourg par les armée françaises en 1554 oblige Charles Quint à réagir rapidement pour verrouiller à nouveau la trouée de l'Oise.

Le Général Van Rossem, mercenaire et chef d'armée de Charles Quint dirige à cette époque les armées espagnoles sur Givet. Il a pour mission de déloger les armées françaises de cette ville et d'y construire une place forte. Il arrive à maintenir les Français en échec mais malheureusement, il y contracte une maladie incurable à l'époque. la peste ou le choléra. Il abandonne son poste et retourne mourir à Anvers.

Charles Quint désigne alors un nouveau chef de guerre: guillaume d'Orange dit Guillaume le Taciturne. Il est jeune; il a alors 23 ans. Il est brillant dans son métier.

Plus tard sous Philippe II (le fils héritier de Charles Quint), ce militaire s'opposera à celui-ci et dirigera les armées des Pays-Bas hollandais contre l'héritier de l'Empire de Charles Quint. Il gagnera sur celui-ci et sera ainsi le fondateur d'un nouveau royaume au sein de l'Europe du XVI e siècle.

Pour l'instant, en 1554, les armées espagnoles venues à la rescousse verrouillent la région depuis la Seigneurie de Senzeille.

Charles Quint donne l'ordre, pour empêcher les armées françaises de s'y installer, de détruire le château de Fagnolle situé juste à côté de Mariembourg et il demande à Guillaume d'Orange de construire une nouvelle place forte.

En 1555, Guillaume d'Orange commence les expéditions de reconnaissance dans la région. Il cherche un lieu élevé avec de l'eau en suffisance dans le sous-sol. Après avoir visité plusieurs sites, il choisit le village d' Echerennes. Il est situé sur une élévation du relief qui se termine par un promontoire. Echerennes appartient à la Principauté de Liège. Le promontoire est occupé par le faubourg d' Echerennes: Corbigny, situé à la croisée des Chemins. mais surtout, il y a de l'eau.

Une armée demande beaucoup d'eau et surtout de l'eau propre pour éviter les épidémies. A cette époque, les armées espagnoles souffrent d'épidémies. De nombreuses maladies contagieuses se transmettent notamment par les eaux de boissons.

En quatre mois, la nouvelle place forte est créée par Lazare de Schwendi et ses troupes.  Lazare de Schwendi sera le premier Gouverneur de la nouvelle cité. La main d'œuvre vient de partout; du Comté de Hainaut, du comté de Namur, des habitants de la région, mais aussi de la Flandre. Ils aident tous au chantier boueux. les murs montent. Ils sont en terre et entourés d'un profond fossé sec. La future place forte a cinq côtés et cinq bastions aux angles du pentagone. Elle a été conçue par l'architecte Van Noyen.

Pendant le temps de la construction, les armées d'Henri II, cantonnées à Mariembourg, n'hésitent pas à faire des sorties destructives. Ils détruisent Sautour, Villers-le-Gambon, Echerennes, ... Tout le monde trouve refuge dans la nouvelle place forte à peine achevée.

Le 17 janvier 1556, la garnison espagnole s'installe dans les baraquements. Il n'aura fallu que quatre mois pour réaliser cette œuvre militaire.

Charles Quint baptise cette nouvelle place forte "PHILIPPEVILLE" en l'honneur de son fils héritier Philippe qui, règnera sur les Pays-Bas et la ville dès 1557.

Les Français répondent à l'installation de la place forte de Philippeville en créant sur leur territoire leur propre place forte face à Philippeville et Givet "ROCROI" (1555).

L'histoire de Philippeville commence là.

Mais, elle n'est pas finie.

En 1659, le Traité des Pyrénées met fin aux querelles continuelles entre la France et l'Empire espagnol. Philippeville devient française comme d'autre villes frontières des Pays-Bas.

L'époque française dure jusqu'à la défaite de Napoléon à Waterloo. Nous devenons alors Hollandais et ce jusqu'à la révolution qui donnera naissance à la Belgique en 1830.

Les murs de Philippeville seront démantelés en 1856 suivant la convention définitive de 1831 qui reconnaît l'Indépendance de la Belgique. 

Philippeville cache depuis au cœur de son sous-sol les dernières traces de la place forte.

Traduction de l'inscription latine sur la pierre commémorative encastrée dans le pilier gauche à l'entrée de l'église.

"Le 1er octobre de l'an 1555 après la naissance du Christ, l'armée de l'auguste empereur Charles Quint ayant élevé la forteresse de Givet et continué la guerre dans ces contrées contre les Français, les fondements de cette ville furent jetés. Puisse-t-elle être l'heureux présage de la reprise de Mariembourg naguère perdu? Elle a reçu le nom du prince Philippe à qui son père, affaibli par l'âge et les infirmités, a remis le gouvernement de la Belgique. Et cette église a été construite l'année suivante. Lazarus von Schwendi, chevalier, conseiller de sa Majesté Impériale, commandant la première garnison composée de troupes allemandes et premier gouverneur de la ville, a fait poser cette pierre pour perpétuer la mémoire de ces faits".

Le fait que Lazare von Schwendi ai fait apposer une première pierre commémorative ne signifie nullement que l'église ait été terminée en un an.

Le 1er octobre 1555, plus de cinq mille hommes creusaient les premières fondations de la place forte. Le choix du site s'était arrêté, après pas mal de discussions sur un plateau situé à l'Ouest du village d'Echerennes aujourd'hui disparu : la vue y était dégagée pour la surveillance, deux ruisseaux serpentaient à proximité et les sources y sourdaient en nombre.

Conçu par l'architecte Sébastien Van Noyen à la demande de Marie de Hongrie, le fort avait à faire face à celui de Charlemont près de Givet, à la menace des armées françaises d'Henri II qui venaient d'investir Mariembourg. La situation stratégique de la nouvelle place barrant la route de l'Entre Sambre et Meuse, en fit rapidement un bastion fort convoité. Pourtant Philippeville demeura espagnole pendant plus d'un siècle. Mais en application des clauses du Traité des Pyrénées en 1659, la place forte passa à la France qui la conservera jusqu'en 1815. Le 20 novembre de cette année, la seconde Paix de Paris la remet à la Hollande qui administrera la ville jusqu'à l'indépendance de la Belgique en 1830.

Le plan de la place, baptisée du nom du nouveau roi d'Espagne Philippe II, adopte le type radioconcentrique. Cinq remparts de longueurs inégales renforcés par autant de bastions à orillons dessinaient un pentagone irrégulier que des fossés secs ceinturaient. L'accès au fort était jadis garanti par deux portes diamétralement opposées, l'une à l'Ouest, côté France, l'autre à l'Est, côté Meuse. Les dix rues convergent vers la place d'Armes et sont recoupées pour la plupart par deux voies annulaires, dont l'une épouse le tracé des remparts.

Hormis l'église décentrée dans la ville, pratiquement aucun bâtiment contemporain - ou peu s'en faut - de la fondation de la place n'a survécu.

A un premier demi-siècle passablement agité, succède une ère de paix relative sous le règne des Archiducs. Pourtant, très peu de témoins monumentaux subsistent de cette époque. Mais dès 1659, les Français dotent la ville des derniers perfectionnements, face au progrès de la poliorcétique (technique du siège des villes). Vauban, ingénieur militaire de Louis XIV, repense les fortifications : tout en partant du tracé primitif de Van Noyen, il donne aux défenses un développement plus ample et un aspect étoilé caractéristique, en dotant nouvelles courtines et bastions de nombreux ouvrages extérieurs. De ceux-ci, subsistent quelques vestiges sur le terrain au Nord et au Sud-Est de la ville, ainsi qu'une partie du réseau souterrain de contre-mine, encore accessible près de la chapelle des Remparts, boulevard de l'Enseignement. En outre, c'est également à la deuxième moitié du XVIIe siècle qu'appartiennent bon nombre de bâtiments militaires conservés et plusieurs logements civils, que les siècles suivants altéreront sérieusement.

Le XVIIIe siècle verra la construction et la transformation d'un grand nombre de maisons particulières. Et c'est encore aux Français qu'il faut attribuer la Halle actuelle et la Caserne de 1785.

Au mains des Hollandais, la place sera restaurée. Certaines casernes disparaîtront ou recevront de nouvelles affectations. Les fortifications, partiellement démantelées en 1820, auront entièrement disparu en 1853. Mais ce n'est qu'à la fin des années 1970 que s'estompera toute présence militaire dans l'ancien périmètre.

La physionomie actuelle de la ville est largement tributaire du XVIIIe siècle. C'est en effet à cette époque que remontent la plupart des maisons, souvent en brique et pierre bleue, qui ont respecté le tracé primitif de la place forte.

Sur le site de l'ancienne École moyenne, rue de Namur, trône l'imposante statue de la première reine des Belges, Louise-Marie. Bientôt, la place d'Armes retrouvera un édicule rappelant l'ancien puits, probablement du XVIIe siècle et détruit en 1875.

Curiosités et noms typiques de rues.

Place d'Armes, Avenue Charles Quint, Avenue Vauban, Boulevard de l'Enseignement

Boulevard des Fortifications, Boulevard du Centenaire, Rue de l'Arsenal, Rue de la Balance

Rue des Brasseurs, Rue des Casernes, Cour des Cavaliers, Rue de la Fabrique, Rue de France

Rue de l'Hôpital, Rue de la Calamine, Rue du Moulin, Rue de Namur,  Rue de la Petite Roche

Quartier brûlé, Rue de la Reine (Anciennement rue de l'Abreuvoir), Rue des Religieuses