CHIMAY

Chimay (en wallon Chimai ) est une ville francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Hainaut.

Chimay est le berceau des Princes de Chimay.

Chimay est située sur la bande calcaire de la Calestienne. Ce sont des terres propices à la culture, défrichées tôt, bien avant l'époque monastique. Chimay est en effet située dans une grande clairière, ouverte dans la forêt ardennaise.

Plus au sud, la clairière a été agrandie à l'époque monastique, vers les terres plus pauvres de la retombée nord du plateau de Rocroi ; Ces terres étaient surtout dévolues à l'élevage et à des cultures pauvres, comme le seigle. Aux xviiie et xixe siècles, des fermes créées par des entrepreneurs individuels ont poursuivi ces défrichements, encouragées par l'État.

Située dans l'arrondissement administratif de Thuin, elle est née de la fusion de 14 anciennes communes, le 1erjanvier 1977.Chimay, Baileux, Bailièvre, Bourlers, Forges, L'Escaillère, Lompret, Rièzes Robechies, Saint-Remy, Salles, Vaulx, Villers-la-Tour, Virelles.

Au 1er janvier 2008, Chimay comptait 9.944 habitants (les Chimaciens).

La ville abrite le château des princes de Chimay où demeure la Princesse Élisabeth de Chimay, et la collégiale Saints-Pierre-et-Paul. Non loin de là se trouve le lac de Virelles, d'un grand intérêt ornithologique. Mais Chimay est principalement connue grâce à l'abbaye Notre-Dame de Scourmont, toute proche (à Forges), où des moines cisterciens trappistes fabriquent de la bière et des fromages.

La bière de Chimay, dorée, rouge, bleue ou triple est obtenue par un procédé de fermentation haute (à plus de 20°C) et subit une seconde fermentation en bouteille. Elle n'est pas pasteurisée.

Chimay est jumelée avec Conflans-Sainte-Honorine (France) qui se situe au confluent de la Seine et de l'Oise, rivière dont la source se trouve à Chimay. Elle est également jumelée avec Ramsgate (Angleterre).

L'Eau blanche qui traverse la ville prend sa source dans un étang situé à cheval sur les territoires de Chimay et de la ville voisine de Momignies.

 

La grande histoire de CHIMAY et de sa famille princière

Histoire des Princes de Chimay

 Nous ne connaissons pas le nom des premiers avoués du chapitre et nous ne pouvons songer à les découvrir parmi les seigneurs que citent nos annalistes. Nous ne nous attarderons pas à l’hypothétique Guerre de Chimay dont fait mention la chanson Raoul de Cambrai, et nous ne parlerons pas davantage de Brunulphe, d’Odran ou de Witger que Vinchent, Ruteau ou Tellier voudraient voir parmi nos premiers maîtres.

Les seigneurs dont le nom nous est parvenu remontent au commencement du Xième siècle. Nous les citerons en rappelant brièvement les actes qui parlent d’eux. Allard I de Chimay apparaît comme témoin en 1029 dans une charte où l’évêque de Liège, Réginald, détermine les droits de l’abbaye de Florennes sur les masuriers du village.

Il est cité pareillement en 1031 dans un diplôme du même Réginald rapporté par Fisen. Wauthier est connu par une charte de Bauduin I en 1065 et par une autre de Téodrin en 1067. Peut-être ce seigneur doit-il être identifié avec le Wautier de Chimay cité en 1701 dans le Cantorium de St-Hubert. Macaire aurait abandonné en 1088 à l’abbaye de Stavelot des biens situés dans le grand-duché de Luxembourg. D’après les éditeurs du chartrier, MM. Roland et Halkin, le document rapportant ce fait est sujet à suspicion. Alard II est témoin dans une charte d’Odon de Cambrai en 1111 et dans un acte de Raoul de Reims de 1114 ou 1115.

Du temps d’Otbert (1092-1117), évêque de Liège, il donna, de concert avec Basilide, son épouse, l’alleu de Ste Geneviève à l’abbaye de St Nicaise de Reims. Il fonda aussi au lieudit Froidmont (actuellement Chienneterie) le premier hôpital de Chimay. Alard assista en 1119 au concile de Reims célébré sous la présidence de Calixte II. Le cartulaire de l’abbaye de St Benoît-sur-Loire nous apprend que sa mère avait nom Havilde. L’acte de 1114 déjà cité nous dit qu’il était le frère de Béatrix de Laon. Alard III dit Pollière, fils du précédent et de Basilide fut institué avoué de Verofles en 1134. Il transforma, du temps de Bauduin IV, comte de Hainaut (1125-1171), sa seigneurie de Chimay en fief. Cette terre fut dès lors le siège d’une pairie. Alard Pollière avait épousé Ida de Marles, petite-fille du comte Bauduin II. Il mourut avant sa femme qui épousa en secondes noces Bernard de Orbaix. Gilles, fils d’Alard Pollière et d’Ida de Marles, épousa Alix de Rosoy. Il eut en 1162 certains démêlés avec l’abbaye de Floreffe au sujet de terres sises du côté de Valenciennes. Nous le rencontrons comme témoin en 1166.

Peu après, il s’en fut à Jérusalem où il resta peu de temps. Quand il en revint, son beau-frère Renaud de Rosoy s’était emparé du domaine de sa femme ; il obtint du pape Alexander III une lettre invitant l’archevêque de Reims et l’évêque de Laon à forcer Renaud de lui restituer son bien. Il est témoin en 1174 dans une charte du comte de Hainaut. Il obtint en 1181 de l’abbaye de Maroilles l’avouerie du bois de St Hubert situé près de Momignies. Enfin, en 1186, le comte de Hainaut lui donna le territoire de Baileux qu’il avait acheté à plusieurs nobles. Gilles le reçut en augmentation de son fief et releva de même le village de Momignies qu’il venait de fonder. Ce fut ce même Gilles qui détermina la création du village de Bourlers en donnant avant 1169 des terres situées à cet endroit à l’abbaye de St Michel en Thiérache. Alard IV. Fils de Gilles et d’Alix de Rosoy est cité par Gislebert en 1188.

En 1189 il donne son consentement à une donation faite par le prévôt de Chimay. Alard et son frère Jean à l’abbaye de Clairefontaine. Il est cité comme témoin dans des chartes de 1190, 1195, 1196, 1200, 1204 et 1205. En 1189, il eut des démêlés avec l’abbaye de St Michel au sujet des terres de Bourlers ; ils se terminèrent par un accord conclu à Couvin en 1202 et par lequel le seigneur remettait l’abbaye en possession de la donation de Gilles, son père. En 1210, il consent à la donation d’une partie de la dîme de Beaurieu faite à l’abbaye de Floreffe par Bauduin, fils du châtelain de Beaumont.

En 1214, il approuve un accord effectué entre Gobert, vidame du Laonnais et l’évêque de Laon, Robert. En mai 1218, de concert avec Mathilde, vidamesse du Laonnais, sa femme, il conclut certains accords avec Anselme, évêque de Laon. Il mourut peu après laissant trois enfants : Roger, Alard et Jean. Le premier lui succéda à Chimay, le second cité dès 1214 dans des actes où il sert de témoin devint seigneur de Haibes et mourut entre 1259 et 1275. Il fut enterré dans l’église de Molhain où sa pierre tombale se voit encore. Le troisième, Jean, s’engagea dans l’état ecclésiastique.

En 1188, il est déjà cité comme chanoine de l’église St Paul. En 1231, il faisait partie du chapitre de St Martin. Roger. Cité dès décembre 1214, il devint seigneur de Chimay à la mort de son père. Il délimite en 1218 ses droits et ceux de l’évêque de Liège sur la châtellenie de Couvin. En mars 1219, il confirme une donation de trente bonniers de terres sises à Haulchin et faite à l’abbaye d’Epinlieu. En 1222, il assigne à l’abbaye de Floreffe, pour son anniversaire, vingt sous blancs à prendre sur les revenus de Nismes. En 1224, il conclut un accord avec le monastère de St Michel au sujet de Bourlers et se fait reconnaître comme avoué des religieux. Il donne la même année une forge et des droits de pâturage à l’abbaye de Faignoy. Roger de Chimay avait épousé Agnès du Tour. Il en eut trois enfants : Guy, Bauduin et Marie. Ses deux fils moururent sans postérité. Sa fille épousa vers 1222 Jean de Soissons. En suite de ce mariage, la seigneurie de Chimay changea de maîtres.

LES SOISSONS

 

Jean II de Soissons, gendre de Roger de Chimay, lui succèda. En avril 1230, il passe avec le roi de France un acte aux termes duquel chacun des contractants s’obligeait à ne pas retenir en son pouvoir les Juifs de l’autre partie. En 1241, à la mort de son épouse, il reçut de l’évêque de Liège, Robert, la garde de la châtellenie de Couvin qu’il possédait du chef de sa femme, à charge de la garder jusqu’à la majorité de son fils Jean à qui elle devait revenir.

En 1248, Jean II se croisa et partit avec St Louis pour Damiette. Il assista au siège de cette ville et revint peu après sans avoir accompagné le roi dans son pèlerinage en terre sainte. A son retour, il prit part à la guerre que Marguerite de Flandre dirigea contre les d’Avesnes. A la paix de Péronne, il s’engagea avec d’autres seigneurs, à ne prêter aucun secours, ni à Marguerite, ni à son fils Guy, s’ils voulaient recommencer les hostilités.

En 1258, il détermina le mode d’élection des maïeur et échevins de Chimay. Il mourut en 1270. De son mariage avec Marie de Chimay lui étaient nés deux fils, Jean III et Raoul, et deux filles, Marie et Alienor. A la mort de sa première femme il avait épousé Mahaut d’Amboise. Jean III de Soissons succéda à son père et prit du vivant de celui-ci le titre de seigneur de Chimay. Ce fut sans doute dès sa majorité qu’il fut mis en possession des biens venant de Marie de Chimay, sa mère. Il épousa Marguerite de Montfort qui lui donna trois fils, Jean, Raoul et Jean dit de Nelse.

De concert avec sa femme, il accorda en mai 1276, à l’abbaye de Clairefontaine, pour sa maison de Beaurieu, des aisements et des pâturages ; il exempta également les moines du droit de pesage pour les fers qu’ils achèteraient dans la châtellenie de Chimay. Il se rendit à Rome et en rapporta les reliques de St Prisce. Il mourut le 12 janvier 1282 et fut enterré dans le chœur de l’église de Chimay « près du degré où se placent les enfants choristes » dit le doyen Coppée. Sa pierre tombale, déplacée une première fois sous le doyen Degand, fut placée en 1839 derrière le maître autel de notre église. Jean IV de Soissons, fils de Jean III, fut, dit Tellier, « un des premiers seigneurs qui bâtit l’hôtel de Chimay dans la ville de Mons ». De Marguerite de Rumigny, son épouse, il eut deux fils : Jean V et Hugues de Soissons. Il mourut en 1289. Jean V de Soissons tint peu de temps la seigneurie et disparut sans laisser lignée.

Hugues de Soissons, fils puîné de Jean IV, devint seigneur de Chimay à la mort de son frère. Il est cité dans des actes de 1297, 1301, 1302, 1303. Il mourut à Villers-la-Tour en février 1307, selon qu’il est dit « sur la couverture d’un ancien antiphonaire en vélin reposant à la sacristie de l’église de Chimay qui dit ainsi : Cy gisent les entrailles de noble homme Hugues, comte de Soissons et seigneur de Simay, qui trépassa l’an de Nostre Seigneur 1307 estant au chœur de l’église de Villers, où gisent les entrailles dudit comte ». Hugues de Soissons avait épousé Jeanne de Dargies. Il n’en eut qu’une fille, Marguerite. Un mois après la mort de son époux sa veuve prêta hommage au comte de Hainaut au nom de sa fille mineure.

 

LES HAINAUT

 

Jean de Hainaut, seigneur de Beaumont, troisième fils de Jean II d’Avesnes, épousa en 1315 Marguerite de Soissons. C’était un des plus vaillants chevaliers de l’époque et nombreux furent ses faits d’armes. L’un deux intéresse notre ville. Les Français étant venus ravager le pays de Chimay, en piller et en brûler les villages, Jean de Hainaut envahit les provinces ennemies à la tête de 1000 hennuyers. Il incendia Segni, Martelles, Regnier, Wes, MaubertFontaine, Aubenton et envoya à Chimay « les grands avoirs et profits qui dedans estoient ». Cette belle équipée se termina le 4 mars 1340. Un tel fait d’armes lui valut une excommunication dont il ne fut relevé que l’année suivante, le samedi après Noël.

Jean de Hainaut, après avoir soutenu longtemps les Anglais, devint homme du roi de France le 21 mars 1346 et lui sauva la vie à la bataille de Crécy. Il mourut en 1357. De son mariage avec Marguerite de Soissons était née en 1317 une fille, Jeanne de Hainaut. En 1326, on la fiança à Louis de Châtillon, fils du comte de Blois. Jean de Hainaut assigna à la future comtesse un revenu annuel de 6000 livres (soit 258000 frs de notre monnaie), à prendre jusqu’à concurrence de 2000 livres sur les bois de Beaumont et pour le reste sur la seigneurie de Chimay. Le mariage de Jeanne de Hainaut se fit en 1336. Par acte daté du Quesnoy, le mercredi après la Toussaint (6 nov. 1336), Jean de Hainaut transporta à sa fille la propriété des villages de Robechies, Macon, Villers, Seloignes, Salles, Baileux, Beauwelz, Monceau, Momignies, des viviers de Beauwelz et de Seloignes et de 1880 muids de bois à prendre dans la forêt de Chimay vers le lieu-dit Pourfer et dans les bois de Fagne.

Jeanne rendit au comte de Hainaut foi et hommage pour ces biens et déclara laisser à son père la vie de Marguerite de Soissons durant, les revenus des terres citées plus haut. De son côté, le comte de Blois avait donné de grands biens à son fils. Il s’était engagé à lui fournir 3000 livres tournois de rentes annuelles ; il lui donna en outre la terre d’Avesnes hormis « tous les fruits issus et revenus qui étaient alors amortis à la dite terre ». Il lui céda de même la terre de Trélon sur laquelle fut assigné le douaire de Jeanne de Hainaut. Le domaine des nouveaux époux était d’importance. La terre de Trélon en relevait, les villages de Robechies, Macon, Villers, Seloignes, Salles, Baileux, Beauwelz, Monceau et Momignies sont nommément désignés comme en dépendant. Ceux de Bourlers, Forges et Spos, Bailièvre et St-Remy y sont compris également. On y comptait de même les viviers de Beauwelz et de Seloignes comme aussi un moulin entre Forges et Chimay. Enfin s’y trouvaient les bois de Fagne et de Thiérache où les seigneurs donnaient à leurs manants des aisances variées. A cette terre venaient s’adjoindre le comté de Soissons et la seigneurie de Beaumont.

 

LES BLOIS

 

En suite du mariage de Jeanne de Hainaut la seigneurie de Chimay parvint à la famille de Blois. Nous n’avons pas à parler du comte Louis de Châtillon, l’époux de Jeanne ; il mourut à Crécy le 26 août 1346, onze ans avant son beau-père et sans avoir jamais administré la terre chimacienne. De son mariage étaient nés trois fils, Louis, Jean et Guy. Leurs biens furent administrés par leur mère qui se remaria en 1347 à Guy de Namur et mourut en 1350. Elle fut enterrée près de son premier époux dans l’église conventuelle de Guiches. En 1360, les seigneurs de Blois se partagent les immenses domaines de leurs parents.

Louis obtint Blois, Avesnes, Le Nouvion, Chimay, Fumay et Revin ; Jean eut les terres de Hollande ; Guy reçut Soissons, Dargies et Beaumont. Il fut en outre convenu que, si Louis mourait sans enfants, Blois et Avesnes iraient à Jean et le reste ferait retour à Guy ou à ses descendants. Louis de Blois (1360-1372) joua dans l’histoire un rôle très effacé. Il mourut célibataire en l’an 1372 et, en vertu de la convention rapportée ci-dessus, nos terres revinrent à son frère Guy.

Guy de Blois (1372-1397), envoyé comme otage, à Londres, à la place de son frère Louis pour délivrer le roi Jean, fait prisonnier à Poitiers, avait, pour se libérer, donné à Enguerrand de Coucy, en faveur d’Elisabeth d’Angleterre, sa femme, la terre de Soissons. Il participa à une guerre faite par l’ordre teutonique aux Lithuaniens et fut fait chevalier en 1370 à Rudaw. En 1374, il épousa sa cousine Marie, fille de Guillaume I marquis de Namur. Elle obtint en douaire 3000 florins francs de France de rente pour en jouir sa vie durant : ils étaient assignés sur les terres de Beaumont que Guy obtint à cet effet de son frère Jean et, à leur défaut, sur celles de Nouvion en Thiérache et d’Argies. Le marquis de Namur donnait en retour à sa fille une rente de 1000 florins d’or au mouton de Brabant ; en plus il lui donnait 18000 francs de France dont 6000 à payer au comte Guy l’année même du mariage pour « faire sa pure volonteit », les 12000 autres devant être payés en quatre ans. En outre, il devait fournir à sa fille vêtements et joyaux. Il était entendu que si Marie de Namur mourait sans postérité tout cela lui reviendrait. Guy de Blois se trouvait donc dans une situation très belle.

Elle devint plus brillante encore en 1381, lors du décès de Jean de Blois qui mourut sans enfant légitime, abandonnant à son frère la totalité de ses biens. Guy possédait donc « le comté de Soissons, les terres de Dargies, de Clary, de Catheu, celles de Maffles, de Tongres ; celles de Beaumont dans le Hainaut, sans compter plusieurs maisons à Mons, Valenciennes et Maubeuge. Il avait les seigneuries de Chimay, Couvin, Fumaing et Reving, les terres de Nouvion et la haie de Quiebreleches. Il possédait les comtés de Blois et de Dunois, les châteaux des Montils, de Châteaudun, les châtellenie de Freteval, Remorantin, Millançay et Château-Renault ; il avait les terres d’Avesnes, de Landrecies, de Sassogne ; celles de Scoonhove, de la Goude et plusieurs autres domaines situés en Hollande, Zélande et Frise. Il se trouvait en un mot possesseur de tous les biens de sa famille. « Ses terres étaient si vastes, dit Dormay, qu’elles eussent fait un petit royaume, si elles eussent été jointes ensemble ». Et cependant, il va dilapider tout cela. Il avait déjà, pour soutenir son train fastueux, tenté en 1376 de frapper monnaie en son château de Fumay.

Dénoncé de ce chef à Aubert de Bavière, il dut promettre de ne plus usurper ainsi les droits régaliens. Lorsqu’il hérita de son frère, en 1381, il put pendant quelque temps satisfaire ses goûts de dépense et de générosité, mais se vit bientôt dans une situation redevenue précaire. Il vendit en octobre 1391 à Louis de Touraine ses comtés de Blois et Dunois pour la somme de deux cent mille couronnes de France. La même année, au mois de février, il avait abandonné à Jean de Namur, son beau-frère, la terre de Chimay et le comté de Beaumont pour qu’il puisse en jouir la vie de la comtesse de Blois durant, réserve faite de deux bonnes villes forteresses et de douaire de sa femme. En 1397, il lui céda pareillement la ville et le château de Chimay.

Il paraîtrait que Jean de Namur n’avait sollicité et obtenu ces donations que pour plaire à sa sœur et dans le dessein de l’en laisser jouir elle-même. Celle-ci paraît ainsi à toutes les éventualités possibles. Quand son mari mourut le 2 décembre 1397 à Avesnes, ses biens furent dispersés. « Il était si endetté de toutes parts, dit Froissart, et si petite ordonnance fut de ses biens que le sien, rentes et revenus ne purent fournir à ses dettes, et convint la comtesse de Blois sa femme, Marie de Namur, renoncer à tous meubles ». Elle se remaria en 1405 à Pierre de Brabant dit Clignet, amiral de France. Comme elle possédait une partie de notre terre en vertu de son douaire, le reste en suite de l’acte de 1391 cité plus haut et la ville elle-même à cause de l’accord de 1397, elle avait tout à dire dans notre seigneurie. Elle en perçut les revenus jusqu’en 1412, année de sa mort. Elle ne laissa point d’enfants. De son mariage avec le comte Guy un seul fils était né, Louis de Blois, lequel décéda sans postérité le 15 juillet 1391, longtemps avant ses parents. A la mort de Marie de Namur notre terre fut revendiquée par le comte de Hainaut et par Thibaut Moreuil, seigneur de Noiroelles.

Le premier, descendant de Jean II d’Avesnes, le bisaïeul de Guy de Blois, le second retrouvait en Marie de Chimay, la grand-mère de sa bisaïeule Yolande de Soissons, la souche qui lui était commune avec le comte défunt. Cette rivalité de droits donna lieu à des débats judiciaires. Le comte de Hainaut avait obtenu, le 27 avril 1412, quelques mois avant la mort de Marie de Namur, par consultation faite devant le grand bailly de Hainaut, de pouvoir, après le décès de la comtesse de Blois « mettre en sa main la terre de Chimay pour examiner son droit ». Il ne dut pas s’en faire faute mais finit sans doute par s’arranger à l’amiable avec son compétiteur. On sépara en deux parties Chimay et ses environs, reconstituant ainsi les deux anciens domaines dont nous avons constaté l’existence au début de la seigneurie.

Le comte de Hainaut obtenait la Fagne et les villages suivants : Beauwelz, Momignies, Macon, Seloignes, Monceau, Villers, Salles, Robechies et Baileux qu’on appela les neuf villes de Chimay. Moreuil devint maître de Chimay et des villages laissés par l’autre, savoir : Boutonville, Saint-Remy, Bailièvre, Forges et Bourlers. Le comte ne trouva pas sans doute suffisante la partie qui lui était échue car il revendiqua bientôt la ville et ses dépendances. Il alla même jusqu’à l’occuper, de peur, disait-il « que la seigneurie ne soit prise par les ennemis ». Il finit tout de même le 29 avril 1434 par l’abandonner à Thibaut Moreuil « sans préjudice toutefois du droit qu’il prétendait avoir sur elle et dont procès pendait ».

Ce procès lui donna tort, car le sire de Noiroelles put vendre, probablement cette même année 1434, ses domaines à Jean de Croy. Ce dernier, devenu seigneur de Chimay, demanda au duc de Bourgogne, comte de Hainaut, de lui vendre « pour appliquer à sa table les neuf villes étant au sart de Chimay ». Le duc y consentit le 28 août 1445. On avait estimé les revenus des terres à céder et on leur avait trouvé une valeur de 409 I. 11 s. 2 d. tournois. Jean de Croy en fournit l’équivalent à l’apprêt de 70 I. 6 c. 8 d. tournois au duc les terres de Rocques et de Thieusies. La différence, restée en compte fut remise à son petit-fils en 1472 par Maximilien d’Autriche. Par ce marché Jean de Croy rentrait dans la succession des seigneurs qui l’avaient précédé.

 

LES CROY

 

Les sires de Croy furent les plus marquants des seigneurs de Chimay. Le rôle qu’ils ont joué dans l’histoire de Belgique a été rapporté par divers historiens. Gachard en a parlé dans ses recherches historiques et dans sa notice sur les archives du duc de Caraman ; la biographie nationale y a consacré divers articles, de nombreux autres en ont traité aussi ; nous n’avons donc pas à nous y attarder. Des seigneurs de Croy nous dirons seulement ce qui se rapporte à notre ville. Jean de Croy, fils de Jean de Croy et de Marguerite de Craon, seigneur de Thour-sur-Marne, épousa Marie de Lalaing, baronnesse héritière de Quiévrain. Chevalier de la Toison d’Or en 1430, gouverneur de Luxembourg en 1443, il fut créé dans la suite grand bailly et capitaine général du Hainaut.

Comme nous l’avons dit plus haut il posséda notre seigneurie vers 1434. Il était en grande faveur auprès de Philippe-le-Bon, ce qui lui permit de s’élever rapidement. On sait comment il fut compris dans l’inimitié vouée par le comte de Charolais à ceux de sa famille et comment il dut se retirer à Tournai, ville française, tandis que ses biens étaient mis sous séquestre. De 1465 à 1473, ce fut donc le Téméraire qui perçut les revenus de la seigneurie. Quand les Croy obtinrent révision de leurs procès, le duc Charles leur restitua leurs biens et, en janvier 1473, devant toute sa cour réunie à Bruges, érigea en comté la terre de Chimay. Cet acte très important donnait à notre terre une situation prépondérante parmi les seigneuries voisines. Jean de Croy n’assista pas à l’érection de sa seigneurie en comté ; il s’était fait représenter à cette cérémonie par son fils. Il mourut peu de temps après et fut enterré dans la collégiale de Chimay en la chapelle Ste Barbe, derrière l’ancien repositoire du Vénérable St-Sacrement, nous dit le doyen Coppé.

De son mariage avec Marie de Lalaing étaient nés Philippe, qui lui succéda, Jeanne, Jacques futur évêque de Cambrai, Michel, Olivier, Jeanne qui devint religieuse, Jacqueline, Ysabeau et trois autres enfants morts en bas âge. Jean de Croy avait obtenu en 1451, du pape Nicolas V, une bulle accordant des indulgences à ceux qui contribueraient à la reconstruction de l’église de Chimay. Vers 1465, il fit construire dans la même ville un hôpital qui dura jusqu’en 1843. Ce seigneur portait les armes de Croy Renty qui sont : écartellé, au premier et dernier d’argent aux trois fasces de gueule, au deuxième et troisième d’argent aux trois doloires de gueule deux adossées en chef et une en pointe, un écusson écartelé au premier et dernier losangé d’or et de gueules qui est Craon, au deuxième et troisième d’or au lion rampant de sable qui est de Flandre sur le tout. Devise : Soulvienne-vous.

Jean de Croy a été comme on le sait le sujet d’une légende. On l’a représenté enfermé durant 7 ans dans les prisons du château de Couvin et rendu à la liberté grâce à l’intervention d’un jeune berger. Nous ne referons pas ce récit qu’on peut lire dans Coppée, Tellier, Hagemans, dans les Délices du pays de Liège et dans le Magasin pittoresque. Nous nous contenterons de dire après d’autres qu’il est absolument légendaire. On peut suivre, en effet, notre premier comte, an par an, dans ses pérégrinations et, en plus, jamais la disparition d’un personnage tel que lui ne fut restée ignorée comme celle-là demeura. Il faut donc reléguer l’histoire de « la captivité et de l’étrange délivrance du comte à la Houssette » dans le domaine du merveilleux où se plait l’imagination populaire. Peut-être cependant pourrait-on en trouver la provenance dans l’aventure survenue au père de Jean de Croy qui, arrêté par les gens de Charles d’Orléans, fut détenu pendant 13 mois en prison et traité si inhumainement « que tous les ongles de ses pieds et de ses mains sont cheus ».

Philippe de Croy (1473-1483). « Fils aîné du premier comte de Chimay fut envoyé en plusieurs ambassades par les ducs Philippe et Charles de Bourgogne, signalement vers Ferdinand d’Aragon, roi de Naples, lequel donna ses armes à porter escartelées avec celles des Croy ». Il donna à la collégiale de Chimay une statue de St Christophe. Philippe de Croy fut fait chevalier à Gavres, devint chevalier de la Toison d’Or en 1473, fut grand bailly de Hainaut et gouverneur de Hollande. Il suivit le Téméraire à la bataille de Nancy où il fut fait prisonnier. La ville de Chimay fut prise, de son temps, par le roi de France. Il ne la récupéra qu’en 1478. En 1481, il fut choisi comme parrain de Maximilien d’Autriche. Il mourut le 13 septembre 1483 à Bruges et fut enterré aux Récollets de Mons, bien que son testament portât qu’il dût être à Chimay derrière le chœur. Philippe de Croy avait épousé Dame Walburge, fille du comte Vincent de Moers et Zaewerden et d’Anne de Bavière. De ce mariage naquirent six enfants, Charles, premier prince de Chimay, Jean qui épousa Adrienne de Stavele, Anthoine, le seigneur de Sempy, François l’époux d’Anne de Luxembourg, Catherine l’épouse de Robert de la Mark et enfin Marguerite qui épousa Jacques de Horne. Philippe de Croy porta quelque temps ses armes écartelées de Croy et de Naples, il reprit ensuite celles de son père. Charles de Croy (1483-1527). Charles de Croy succéda à Philippe, son père, en 1483. Il épousa Louise d’Albret, sœur de Jean d’Albret, roi de Navarre et veuve de Jean de Bourgogne, comte de Nevers et d’Etampes.

Elle lui apporta en dot Avesnes, Landrecies et Limoges. Quand la guerre éclata dans nos pays, Charles se rangea du côté de Maximilien d’Autriche qui le récompensa de ses services en le créant en 1486 prince de Chimay. En 1491, il devint chevalier de la Toison d’Or. Le 7 mars 1500, il fut choisi pour être le parrain de Charles V. Le mois suivant, le 21 avril, l’archiduc Philippe vint avec sa cour à Chimay « par un chemin fait exprès dans la Fagne et nommé encore par le présent chemin de l’archiduc afin d’être parrain à Philippe, fis dudit Charles et de Louise d’Albret qui naquit le 21 avril de l’an 1500 et en l’âge de trois ans décédé ». Charles reçut plus tard de nouvelles marques de faveur de la part de l’empereur Maximilien. « Il mourut le 2 septembre 1527 à Beaumont. Son corps repose à Simay dans la cave d’entre la chapelle St Nicolas et le chœur dessous la sépulture magnifique érigée de nouveau par Charles (III) de Croy ».

Philippe II de Croy (1527-1549). Charles de Croy avait eu le 22 février 1502 de son mariage avec Louise d’Albret une fille Anne qui épousa, en 1520, Philippe, sire de Croy, marquis de Renty, duc d’Aerschot, qui devint ainsi prince de Chimay à la mort de son beau-père. Ce prince étant chef de famille portait les armes pleines de la maison de Croy avec, comme devise, « Duleia mixta malis ». Le 19 juillet 1549, il reçut en grande pompte à Chimay, Charles V et son fils Philippe. La même année il mourut à Bruxelles et fut enterré à Heverlé. Il avait eu, de son mariage avec sa cousine, six enfants : Charles, Louise, Philippe, Guillaume, Anthoine et Louis. Après la mort d’Anne de Croy arrivée en 1539, il épousa en secondes noces la duchesse Anne de Lorrraine. De ce mariage naquit un fils posthume Charles-Philippe. Le prince Philippe de Croy édicta pour ses terres de Chimay divers règlements dont il sera parlé dans la suite. Charles II de Croy (1549-1551). Charles II, fils aîné du prince Philippe succéda à son père.

Il ne détint la seigneurie que deux ans ; il fut assassiné le 24 juin 1550 dans son château de Quiévrain. « Son corps est en la collégiale d’Avesnes et son cœur à Chimay ». Il s’était marié deux fois ; d’abord à Louise de Lorraine et en second lieu à Antoinette de Bourgogne. Il mourut sans génération. Philippe III de Croy (1551-1580). A Charles II de Croy succéda Philippe, son frère. Il était chevalier de la Toison d’Or, fut gouverneur général de Flandre, lieutenant gouverneur, capitaine général et grand bailly des pays et comté de Hainaut et de la ville de Valenciennes. Il était né dans cette dernière cité le 10 juillet 1526 et mourut à Venise le 11 décembre 1595. Ce seigneur fut très mêlé aux troubles politiques de son temps. Il sortirait de notre sujet de raconter ses faits et gestes, on les connaît du reste et d’ailleurs ils n’intéressent pas notre ville. C’est à son époque que notre ville fut entièrement détruite par les armées du roi de France. Philippe de Croy avait épousé Jeanne de Hallewin qui trépassa le 6 décembre 1581. Le cœur de cette princesse est conservé dans une urne placée dans l’église de Chimay au-dessus de la porte de la sacristie. Le 1er mars 1582, le prince Philippe épousa en secondes noces, Jeanne de Blois, fille du seigneur de Trélon. De son premier mariage, lui était né, le 1er juillet 1560, un fils, Charles, qui devait lui succéder. Philippe III portait comme son père les armes pleines de sa maison, sans surcharge. Il avait comme devise « J’y parviendrai Croy ».

Charles III de Croy (1580-1612). Charles III duc de Croy et d’Aerschot, devint prince de Chimay du vivant de son père. Il avait épousé le 3 septembre 1580, Marie de Brimeu et dès lors s’était vu céder par le duc Philippe le titre de Prince avec les terres de Chimay. Charles de Croy fut entraîné par sa femme à faire profession de protestantisme, mais il revint quelques années plus tard à la religion catholique.Commeson père,ilpritunepart active aux événements de son temps. Nous ne nous y arrêterons pas. Marie de Brimeu étant morte le 18 avril 1605, le prince Charles épousa le 18 décembre suivant, à Mons, Dorothée de Croy, sa cousine. L’année d’après, au mois de juillet, il vint à Chimay, où il écrivit de sa propre main « la description de la terre, chasteau, ville, principauté et pairie de Chimay ». Charles de Croy fit exécuter pour nombre de ses domaines des descriptions semblables.

Celles de Beaumont, Froidchapelle, Montbliart, Rance, ont été éditées, celle d’Avesnes se trouve manuscrite à la Bibliothèque Royale ; on conserve au château de Chimay la description de la terre de Rocq. Toutes ces œuvres sont soignées et on doit rendre hommage au goût de celui qui les dressa. Le duc d’Aerschot était d’ailleurs grand amateur de livres précieux, de tableaux et d’objets d’art. A Chimay, il restaura et agrandit le château, entreprit les premiers travaux du parc, créa au faubourg une propriété de plaisance dont les restes s’appellent encore jardin du prince et aménagea sa maison du sarteau. Il établit en outre une distribution d’eau en captant pour sa demeure les fontaines du « terne des vaches » : travaux sur lesquels nous reviendrons. La principauté eut à subir de son temps les attaques des Français. On y signale en 1595 le passage des ennemis. De ses deux mariages, Charles de Croy n’eut génération. Il mourut à Beaumont le 13 janvier 1612 et fut enterré à Heverlé. La principauté chimacienne allait passer à une autre famille.

 

LES CROY-AREMBERG

 

Des successeurs de Charles de Croy nous dirons peu de chose. A part le premier d’entre eux ils vécurent presque tous près des princes souverains. Rarement ils venaient dans nos terres et certains n’y firent même pas leur joyeuse entrée.

Aussi ne les connaissait-on plus et, quand les cloches se mettaient à tinter trois fois le jour pour annoncer leur trépas, les bourgeois se rendaient à la collégiale Ste Monégonde s’ils voulaient apprendre, par l’oraison funèbre que prononçait un père Récollet, ce qu’avait été en son temps le très illustre prince de Chimay. Celui-ci, semblable à la noblesse de son temps, avait déserté ses terres, délégant tous ses pouvoirs au gouverneur de la ville. C’était ce dernier qui possédait en fait toute la puissance princière. Alexandre de Croy Chimay Aremberg (1613-1629). Charles de Croy par son testament, en date du 1er juillet 1610, avait fait le partage de ses biens. Il laissait à son neveu Alexandre-Albert d’Aremberg, fils de sa sœur Anne de Croy et du prince Charles d’Aremberg, les terres de Chimay, Avesnes, Beaumont, Revin, Fumay, Seninghen, Beveren et diverses maisons sises à St-Josse en ordonnant toutefois que ces biens fussent vendus « pour le prix en être distribué à ses héritiers lesquels devraient les remployer au rachat des dites terres ».

Le testateur en agissant ainsi craignait « que les souverains des Pays-Bas ne fussent poussés et intrigués par aulcuns de leurs ministres ou autres de vouloir aspurer de prétendre à aulcunes des dittes terres par voie de retraite dominicale comme en étant le seigneur direct ». Les terres de Chimay et Beaumont furent donc vendues à Mons le 8 juin 1613 ; Alexandre d’Aremberg s’en rendit acquéreur au prix de 1 100 000 florins. Il en fut adhérité le même jour mais n’en fit relief que le 16 juin 1614 lors de sa majorité. Il prit en même temps, d’après la volonté expresse de son oncle défunt, le titre de Croy Chimay Aremberg. Ce prince était né en 1590 ; il avait épousé en 1613 Magdeleine d’Egmont. Il fut tué le 16 août 1629 à la bataille de Wesel. « Son corps fut ramené à Chimay où il arriva le 29 août vers les 9 heures du soir. Il fut mis en la cave et le 26 septembre, son service fut chanté solennellement en notre chœur où étaient 248 chandelles ardant... Ce fut Alexandre d’Aremberg qui fit don aux arbalétriers et aux archers de Chimay du collier porté aux fêtes par les rois de ces confréries. Ce fut lui qui entama contre les manants de la terre de Chimay le vaste procès dont il sera parlé plus tard. C’est à son époque aussi que Tellier fait remonter la légendaire expédition de Mansfeld contre notre cité. Albert Alexandre de Croy Chimay Aremberg (1629-1643).

Fils d’Alexandre déjà nommé et de Magdeleine d’Egmont, naquit le 15 février 1618 à Bruxelles. Sa mère releva pour lui le 17 octobre 1629 les terres de Chimay et de Beaumont en attendant qu’I put, le 14 décembre 1633, accomplir lui-même cette formalité. Quelques années plus tard, sa bonne ville de Chimay fut prise par les Français, reprise bientôt par le prince lui-même ; elle redevint française en 1640 mais fut abandonnée peu après par les ennemis. Albert d’Aremberg avait épousé sa cousine Claire Eugène d’Aremberg, il « est mort à Bruxelles sans génération le 16 novembre 1643 à dix heures devant midi ayant vécu 25 ans 9 mois et un jour ». Le 4 juin 1646 sa veuve renonça à sa succession. Albert Alexandre et sa femme « furent inhumés en la cave à Chimay avec ledit Alexandre et Magdeleine d’Egmont ». Philippe de Croy Chimay Aremberg. Second fils d’Alexandre, succéda à son frère et fit relief des terres de Chimay et de Beaumont le 9 décembre 1643. Il s’était allié en mariage en 1642 à Théodore Maximilienne de Gavre, « en engendra deux fils et secundo genitus corum, infans, obiit Bellomonte hora sexta mane decima januarii 1654 et 14 vespeci ad vehitur corpus Simacum, ci capitulo obviante ad magnam portam deferente magistrata.

Corpus deponitur in choro, sequenti die cantabur solemnis missa de angelis et postea deponitur apud avum in sepulcro primoi principis ». Ce fut à son époque que la principauté de Chimay fut mise sous séquestre. La situation des Aremberg étant très obérée, leurs créanciers avaient obtenu des tribunaux, en octobre 1654, l’usufruit de la terre de Chimay pour être payés sur lui par annuités. Cette main-mise devait durer jusqu’à l’extinction des dettes. Elle ne prit fin qu’en 1783. Inutile de dire que rien ne fut changé pour cela dans la seigneurie, sinon l’attribution des revenus des terres domaniales, des bois et des droits seigneuriaux. Philippe d’Aremberg mourut le 12 janver 1675. Ernest Alexandre de Croy Chimay Aremberg (1675-1686). Fils de Philippe, fit relief de la principauté le 10 octobre 1676. Il était en Espagne lors de la mort de son père. Gouverneur du Luxembourg et du comté de Chiny, il fut plus tard vice roi et capitaine général de Navarre. Il défendit brillamment Luxembourg en 1684 contre le maréchal Crequy. Il avait épousé le 27 octobre 1675 Marie Antoinette de Cardenas dont il n’eut génération. Il mourut à Pampelune le 3 juin 1686. Après sa mort, la principauté de Chimay passa à la famille de Henin Liétard. Elle faisait alors partie du territoire français, comme nous le dirons en son temps

 

LES ALSACE HENIN LIETARD

 

Philippe de Henin Liétard (1686-1688). La succession d’Ernest d’Aremberg échut à Philippe de Henin Liétard, comte de Boussu, par suite du mariage de son père Eugène avec Anne Catherine d’Aremberg, tante du prince défunt. Il accepta cette succession sous bénéfice d’inventaire. Comme la principauté était sous séquestre, elle ne comportait d’ailleurs, pour Chimay, que le titre de prince et quelques droits plutôt honorifiques. Philippe de Henin mourut le 25 mars 1688 sans jamais être venu à Chimay. Il avait épousé Anne Louise deVerreycken dont il eut trois fils, Charles, Louis, son successeur ; Thomas, le futur cardinal, et Alexandre Gabriel lequel serait prince de Chimay, après son frère aîné.

Ce prince portait les armes de sa famille : de gueule à la bande d’or. Charles-Louis-Antoine de Henin (1688-1737). Fils de Philippe, déclara en 1696 se porter héritier pur et simple du prince Ernest de Croy Chimay Aremberg. Il fit relief de la principauté le 3 juillet 1699. « Au temps où ce prince possédait nos terres, un procès faillit faire passer ce domaine dans la maison d’Orléans, et il aurait eu inévitablement ce résultat sans l’opposition du conseil de Hainaut, peut-être aussi sans les circonstances politiques qui vinrent le seconder ». On peut lire cet épisode de l’histoire de nos princes dans la notice consacrée par Gachard, aux archives de Beaumont. Peu après, le prince Charles Louis tenta, avec le secours éventuel de la France, d’élever en souveraineté les bourgs de Fumay et de Revin. Il proclama ses droits dans un mandement du 12 mai 1722, mais le grand conseil de Malines déclara ce manifeste nul, et confirma, pour le surplus, la saisie des biens du prince sis aux Pays-Bas.

Bien qu’il fut soutenu par le régent de France et suivi par une partie de la population des deux bourgs ardennais, Charles Louis n’aboutit à rien et fut réduit en 1734 à s’excuser auprès de l’empereur en lui demandant pardon de sa félonie, il lui demandait aussi la levée de l’annotation de ses biens, dans les Pays-Bas. L’empereur pardonna par mandement du 12 janvier 1735 mais en exigeant que Charles Louis d’Alsace ne se mêlat plus de rien à Fumay et Revin. Il maintenait les saisies arrêts faites sur la terre de Chimay et stipulait que cette terre continuerait à être censée principauté des Pays-Bas et non de l’empire. En conséquence le titre de prince de l’empire devenait un titre purement familial. Au surplus le Conseil suprême de Vienne devrait accorder permission aux d’Alsace pour user dans les Pays-Bas du titre de prince de Chimay. Le 12 mars 1737, Charles Louis abandonna, du consentement de son frère le cardinal, à son autre frère Alexandre-Joseph la principauté de Chimay.

Il en conserva cependant le titre jusqu’à sa mort survenue en 1740. Alexandre-Gabriel-Joseph de Henin (1737-1745). Il fit son entrée à Chimay le 21 juillet 1737. Il était haut bailly, capitaine et châtellain des ville et châtellenie d’Audenarde. Il avait épousé en 1725 Gabrielle-Françoise de Beauveau Craon qui lui donna sept enfants : Thomas-Alexandre, Philippe-Gabriel, Charles-Alexandre, Anne-Gabrielle mariée le 26 octobre 1750 à Victor-Maurice de Riquet, marquis de Caraman, Gabrielle Charlotte, Louise Françoie et Elisabeth. Alexandre-Gabriel-Joseph d’Alsace mourut le 18 février 1745 à Audenarde et fut enterré à Boussu. Thomas-Alexandre-Marc de Henin (1745-1759). Fils aîné du prince Alexandre-Gabriel, lui succéda. Il était né le 7 septembre 1732 ; il fit relief de la principauté le 29 octobre 1748. Il épousa le 25 avril 1754 Madeleine-Charlotte Lepelletier, dame d’honneur de Mesdames de France. Il fut tué le 1er août 1759 à la bataille de Minden. Madeleine-Charlotte Lepelletier fut condamnée à mort par le tribunal d’Issy près de Paris le 7 thermidor an II (25 juillet 1794) pour « conspiration contre le peuple ». Thomas-Alexandre-Marc-Maurice de Henin (1759-1761).

Fils posthume du précédent, mourut le 2 mars 1761. Philippe-Gabriel-Maurice-Joseph de Henin. A la mort de Thomas Al. M. M., oncles et tantes se partagèrent sa succession. La principauté de Chimay échut à Philippe-Gabriel-Maurice. Il en fit relief le 27 février 1762. Ce prince, né le 22 septembre 1736, était chevalier de la Toison d’Or et brigadier des armées du roi de France. Il épousa le 25 septembre 1762 Laure-Auguste de Fitz James dont il n’eut postérité. Philippe-Gabriel mourut à Paris le 24 juillet 1804. Ses biens passèrent à ses neveux, les enfants d’Anne d’Alsace et de Victor-Maurice de Riquet. Les terres de Chimay entraient ainsi dans la famille de Caraman.

 

LES CARAMAN

 

François-Joseph-Philippe de Riquet (1804-1843), comte de Caraman naquit en 1771.

Décoré de divers ordres, émigra sous la Révolution, revint sous l’Empire et reçut de Napoléon le titre de chef de cohorte. Devint prince de Chimay et mourut à Toulouse le 2 mars 1843. Chimay étant resté attaché à la France en 1814, le prince fut envoyé à la Chambre des députés par le département des Ardennes. Plus tard, en 1820, il fut élu par les Etats du Hainaut membre de la deuxième Chambre des Etats généraux. Peu après, le roi le nomma membre de la première Chambre. Après la révolution de 1830, le prince François-Joseph abandonna la politique. Il avait épousé en 1805 Thérésa de Cabarrus, épouse divorcée de Tallien.

Les corps de François-Joseph de Riquet et de Thérésa de Cabarrus reposent sous la sacristie de l’église de Chimay. Joseph de Riquet (1843-1865). Fils aîné de François-Joseph naquit en 1808. Il fut ministre plénipotentiaire, membre de la Chambre des représentants et bourgmestre de Chimay. Il mourut en 1865 et fut enseveli au monastère de la Trappe, fondé par lui à Scourmont, dépendance de Forges. Il avait épousé Emilie de Pellapra. Marie-Joseph-Guy de Riquet (1865-1892), fils de Joseph I devint prince de Chimay à la mort de son père. Né en 1836, il fut membre de la Chambre des représentants, ministre des Affaires Etrangères et bourgmestre de Chimay. Il mourut en 1892 et fut enterré au cimetière de Chimay.

De son mariage avec la Comtesse de Montesquiou étaient nés six enfants : Joseph, Pierre, Alexandre, Ghislaine, Elisabeth, Geneviève. Joseph II de Riquet (1892-1937) lui succéda vers 1890 ; il épousa Clara Ward qui lui donna deux enfants : Marie et Joseph, lequel mourut célibataire le 18 janvier 1920. En 1921, il épousa en secondes noces Mademoiselle le Veneur de Tillières. De ce mariage sont nés deux fils, Joseph (5-4-1921) et le prince Elie (22-10-1924). Le prince Elie a épousé Mademoiselle Elisabeth Manset ; sont nés Philippe le 12-10-1948, Marie-Gilone le 2-9-1950, et Alexandra le 13-6-1952. A la mort du Prince Elie le 2 janvier 1980, le titre passa à son fils Philippe (1948-). Du premier mariage du Prince avec Anne-Noëlle Ripert, fille du Baron Ripert, sont nés deux fils, Charles-Joseph (Prince de Caraman Chimay) le 12 août 1974, et Jean (Prince Jean de Caraman Chimay) le 26 janvier 1977. Ce dernier a épousé Marie Séverine Hoare en 2002. Le Prince (Philippe) a épousé en secondes noces Christine Goffinet, fille du Baron Christian Goffinet et de la Baronne, née Marthe de Montpellier d’Annevoie.

* Sources : Louis Dardenne