CHARLEROI

Ville de la province  du Hainaut  
Population (au 1.1.2012)  203772 habitants  
Superficie  10207 ha  
L'entité comprends :  Charleroi, Marcinelle, Couillet, Dampremy, Goutroux, Marchienne-au-Pont, Monceau-sur-Sambre, Mont-sur-Marchienne, Jumet, Gosselies, Lodelinsart, Ransart, Roux, Gilly, Montignies-sur sambre.

Histoire de Charleroi

Par le traité des Pyrénées de 1659, la frontière entre la France et les Pays-Bas espagnols est modifiée. Plusieurs places-fortes deviennent françaises laissant entre Mons et Namur un large couloir sans défenses en direction de Bruxelles.

Dès l'année suivante, en 1660, le gouverneur des Pays-Bas espagnols, Luis de Benavides Carrillo, charge trois ingénieurs H. Jannsens, Salomon Van Es et Jean Boulanger, de prospecter sur le cours de la Sambre, un endroit pouvant convenir à la construction d'une forteresse pour fermer la trouée de l'Oise. Le village de Dampremy est un des rares endroits pouvant convenir. Il se situe sur la Sambre, appartient au comté de Namur et donc au Pays-Bas et non à la Principauté de Liège.

L'affaire traine un peu, mais en 1664, le marquis Francisco de Castel Rodrigo devient gouverneur, et il veut renforcer les défenses militaires. D'autant plus que la menace française se précise. À la mort du roi Philippe IV d'Espagne le 17 septembre 1665, Louis XIV fait valoir les droits de son épouse et fille de Philippe IV, Marie-Thérèse, sur les Pays-Bas : ce sont les prémisses de la guerre de Dévolution. Francisco de Castel Rodrigo charge donc Salomon Van Es de dresser les plans d'une forteresse sur la Sambre. Lorsque l'ingénieur remet son projet, ce n'est pas à Dampremy qu'il propose d'installer la forteresse mais dans le petit village à côté, Charnoy. Situé dans une boucle de la Sambre, dominé par un plateau cerné de trois côtés par des pentes abruptes, l'endroit offrait des conditions stratégiques idéales[1].

La construction de la forteresseSur un plan de Charleroi levé après la prise de la place en 1667 il est indiqué encore la position du "camp des ennemis" et celle de l'église du Charnoy, au bout de l'éperon qui porte l'ouvrage à corne

Le roi d'Espagne passe donc une convention avec le seigneur des lieux, la comtesse d'Isenghien et son époux, le prince Lamoral de Gand par laquelle il achète la seigneurie de Charnoy. Le Charnoy cède la place à Charleroi, nommé ainsi en l'honneur de Charles II, roi d'Espagne et des Pays-Bas.

En juillet 1666, la population de Charnoy est évacuée et tout ce qui peut gêner les travaux est démolis. Les adjudications des travaux sont terminées le 10 août et les tâches répartis entre 14 entrepreneurs. La gestion des finances est confiées à Pontian d'Harscamp, receveur général de Namur, et à son père Vincent. Les arbres et haies sont abattus pendant la seconde moitié du mois d'août.

Registre des baptêmes de la paroisse du Charnoy à la date du 3 septembre 1666.

Le 3 septembre, Castel Rodrigo arrive de Mariemont. Le chronogramme latin "FVNDATVR CAROLOREGIVM" est inscrit dans le registre des baptêmes de la paroisse du Charnoy à la date du 3 septembre 1666, c'est-à-dire le jour de l'ouverture des travaux de la forteresse et probable pose de la première pierre

Le gouverneur générale installe trois régiments d'infanterie dans la vallée du ruisseau de Lodelinsart, une unité de cavalerie à Fleurus et une compagnie de gardes dans les villages voisins. Il fait aussi venir des munitions et 27 pièces d'artillerie. Lui-même s'installe à Dampremy le 15 septembre. Dès lors, les travaux s'accélèrent.

Plus de 900 ouvriers répartis en 14 équipes de 30 à 130 personnes, sont engagés de gré ou de force. Pour hâter la construction, toute la circulation du comté est paralysée. Les eaux des affluents et des étangs sont lâché pour grossir la Sambre qui sert à l'acheminement de pierre de taille depuis Dinant et Namur.                     Les abbayes doivent laisser le passage dans leurs eaux. L'abbaye de Soleilmont reçoit l'ordre d'accommoder le chemin royal de Fleurus. La région de Fleurus fournit la chaux jusqu'à la construction de chaufours à Charleroi même.

Début 1667 se dresse une enceinte hexagonale munie de six bastions et des murailles hautes d'une dizaine de mètres. Il y a quatre demi-lunes. L'intérieur de la place n'a aucun aménagement excepté un puits et quelques maisons de terre. Vers mars ou avril, l'église du village de Charnoy, toujours debout, est rasé et le vallon de Lodelinsart est coupé et mis sous eau.

Le 7 avril, commence la construction des contrescarpes et des palissades. Le 2 mai commence la construction d'un ouvrage à corne vers le sud-ouest, mais cet ouvrage ne sera pas achevé

Coût de la construction]

Les comptes de l'époque, indique que l'édification de la forteresse a coûté 551 900 livres de 40 gros, soit 28 % de la recette générale des finances des Pays-Bas à cette période. L'édification de Charleroi est la dépense majeure soutenue en 1666 et 1667 par les finances du pays, « jamais tant de dépense n'avait servi tant d'inutilité ! »

L'abandon

Dès le début de la construction, informé par des espions, Louis XIV décide de prendre Charleroi. De leur côté, les Espagnols sont également informés. En mars 1667, la reine régente apprend l'intention imminente du roi de France d'envahir ses terres. Le 8 mai, Louis XIV communique son intention de prendre son héritage par les armes et ce, dès la fin du mois

Devant la menace, étant donné que la forteresse inachevée ne pouvait assurer une défense sérieuse, Castel Rodrigo envisage d'abandonner et même de démolir la forteresse. Détruire et abandonner Charleroi présentait deux avantages. Les forces militaires nécessaires à la protection de Bruxelles étaient libérées.    Les Français perdraient une quinzaine de jours à renforcer la forteresse.

Le matériel est évacué vers Namur. La plupart des troupes gagnent Bruxelles. Des mineurs sapent les fortifications. Salomon Van Es quitte la place le 25 mai.             Les derniers soldats espagnols quittent les lieux le 27 mai 1667 sans achever la démolition.

Le siège de Charleroi en 1667

Le 10 mai 1667, Turenne prend le commandement d'une armée de 50 000 hommes en Picardie. Le 20, le roi rejoint ses troupes et le 21, l'armée entre en campagne et envahit les Pays-Bas. Elle arrive devant Charleroi le 31 et y découvre un paysage désolé dont elle prend possession sans coup férir. La prise est cependant importante car Charleroi constitue une tête de pont sur la rive gauche de la Sambre en direction du Brabant.

Forteresse française

Le 2 juin, Louis XIV entre dans Charleroi et en ordonne la reconstruction. Les ouvrages d'art sont alors parfaits et agrandis par Thomas de Choisy, Vauban donnant quelques indications pour les demi-lunes     au nord et à la ville basse. Par la paix d'Aix-la-Chapelle, Charleroi est attribuée à la France et Louis XIV accorde des privilèges aux habitants de la nouvelle ville en vue de la développer.

La ville est assiégée à plusieurs reprises avant d'être concédée à l'Espagne par le traité de Nimègue de 1678. En 1692, la ville est bombardée par les armées françaises, puis l'année suivante, elle est prise par Vauban, sous le regard de Louis XIV qui en reprend le contrôle. Ce dernier ne se résout en effet pas à perdre la place qui verrouille Sambre et Meuse et représente un poste avancé vers Bruxelles.

Prise et reprise, elle passe aux Espagnols au Traité de Ryswick (1697), retourne à la France, est occupée par les Hollandais suite aux traités d'Utrecht en 1713 puis cédée à l'Autriche par le traité de Baden (1714). Elle est reprise par le prince de Conti en 1746. Finalement elle est rendue à l'Autriche en 1748, à la condition que les forteresses soient démantelées.

En décembre 1790 commence la révolution brabançonne et Charleroi connaît une nouvelle période de troubles : les Autrichiens occupent la ville le 25 décembre; ils cèdent la place aux vainqueurs français de Jemappes le 8 novembre 1792 (les Français l'occupent le 12 novembre 1792) avant de la reprendre le 28 mars 1793 (les Français l'ayant abandonnée le 25 mars 1793 après la défaite de Neerwinden.

En 1794, le général Charbonnier met le siège devant la ville mais est repoussé. C'est Jourdan qui parvient à prendre la place après six jours d'un bombardement intensif. C'est pendant la prise de Charleroi et la bataille de Fleurus qu'on eut recours pour la première fois à l'observation aérienne, depuis Jumet (lieu-dit Belle-Vue), d'un champ de bataille depuis un aérostat.

Peu avant la bataille de Waterloo de 1815, les Carolorégiens très "francophiles" accueillent avec enthousiasme les troupes françaises qui récupèrent la cité jusque là aux mains des « Hollandais ». Mais Napoléon essuie une défaite plus au nord, à la célèbre bataille de Waterloo, le 18 juin 1815. Quarante-huit heures plus tard, Charleroi recueille les débris de la Grande Armée ; le 19 juin à 5 heures, Napoléon lui-même est dans la ville avant de continuer vers Paris.

Fortesse hollandaise

Charleroi, après cette brève parenthèse française, passe au royaume des Pays-Bas. Pour se protéger de la France, la ville se verra dans l'obligation de construire de nouveaux murs qui la tiendront dans un étroit carcan pendant cinquante ans. Après la révolution de 1830, l'activité économique se développe grâce à l'essor des industries anciennes et à l'installation de nouvelles productions ainsi qu'au développement des voies et moyens de communication. La ville devenant trop étroite, la démolition des remparts est décidée    en 1867 ; elle s'achèvera en 1871.

Vestiges

Le principal puits de la forteresse est conservé sous la fontaine de la place Charles II. Cet ouvrage d'une quarantaine de mètres de profondeur permettait de subvenir aux besoins en eau des défenseurs de la cité. Une copie d'un plan-relief d'une largeur de quatre mètres réalisé à la fin du XVIIe siècle est conservée à l'Hôtel de ville de Charleroi.

Durant les travaux d'aménagement de la place de la Digue en 2011, des vestiges appartenant à la forteresse de Vauban sont mis au jour[11].

L'élément principal est un tronçon de mur de courtine formant tenaille qui traverse l'excavation du nord au sud sur une longueur total de 73 m. Il est construit en moellons liés au mortier de chaux. Il est pourvu d'une dizaine de contreforts et s'appuyait sur une levée de terre à l'intérieur de la ville. L'extérieur est habillé d'un parement soigné en grès. C'est la section de l'enceinte française la plus longue observée à ce jour.

Une section du mur de la contrescarpe, parallèle à la courtine, indique la face arrière de la demi-lune dite de Dampremy qui protégeait initialement la porte du même nom.

Entre les deux, se trouvait un fossé noyé enjambé par un pont. Les cinq piles du pont, partiellement conservées, sont réalisées en gros moellons soigneusement appareillés.

L'urgence des travaux subsidiés par des fonds européens n'a pas permis la conservation des vestiges. Cependant, des clous métalliques marquent au sol le tracé de la courtine.